• Bernard Perret« L’agriculteur aura toujours besoin d’un accompagnement technique et logistique »

    Quatre questions à Bernard PERRET, PDG du Groupe PERRET

    Négoce Agriculture : Quel regard portez-vous sur la future loi alimentation actant la fin des 3 R : remises, rabais et ristournes ? 

    Bernard Perret : C’est une révolution intellectuelle pour le négociant et une approche contraignante. Jusqu’ici, on avait un tarif négocié de gré à gré. Depuis le 1er janvier, ce n’est plus possible. Aujourd’hui, on ne fait plus que des mécontents par rapport au calcul du prix moyen de l’année précédente.  L’agriculteur qui réglait jusqu’ici un prix plus cher que d’autres, tout comme celui qui avait une ristourne et qui voit, aujourd’hui, une hausse des prix.

    Négoce Agriculture : A priori, en janvier 2020, la loi va aussi rendre incompatibles les activités de vente et de conseil… 

    Bernard Perret : Si on nous enlève le conseil, on va affaiblir notre métier, mais aussi le capital confiance de l’agriculteur. C’est une aberration. Or, économiquement, affaiblir nos revenus, c’est aussi affaiblir notre capacité à investir. Si on perd du chiffre
    d’affaires, on va aussi réduire notre marge jusqu’à induire dans une vision apocalyptique une baisse de 20 % de nos salariés tous métiers confondus. Mais je suis un optimiste : on est en train de créer une structure de haut niveau avec des experts de la prestation intellectuelle de services et de suivis avec de l’expertise et de l’accompagnement. Ce sera un outil indispensable avec des connexions multiples. 

    Négoce Agriculture : Etes-vous inquiet pour l’avenir de votre profession ?

    Bernard Perret : On aura toujours besoin de proposer un accompagnement technique et logistique pour l’agriculteur. Encore plus avec une agriculture biologique ou raisonnée. On se doit, et c’est indispensable, de rester proche et performant pour l’agriculteur. Dans cette optique, le développement de notre Intranet (avec l’emploi de sept informaticiens) est un outil supplémentaire pour nous. Il va renforcer notre lien avec l’agriculteur. C’est construire le futur avec de la recherche et du développement informatique. Les agriculteurs vont de plus en plus sur internet. Il faut que nos sites aient une forte attractivité pour capter prioritairement leur attention.  Nos entreprises doivent faire des économies de coût de fonctionnement, nous avons de nombreux logiciels informatiques dont nous cherchons à optimiser le retour sur investissement. 

    Négoce Agriculture : Ne craignez-vous pas une poursuite de la baisse de commercialisation des produits phytosanitaires ?

    Bernard Perret : Non. En 2003, on faisait un chiffre d’affaires de 65 Millions Euros en phytos sur un chiffre global de 107 M. Euros. Aujourd’hui, une année à mildiou, je suis à 50 M. Euros mais, logiquement, je devrais être plutôt à 43 M. Euros ou 44 M. Euros soit une baisse de – 30 %. Les agriculteurs ont changé leurs habitudes de fonctionnement mais, aujourd’hui, baisser la consommation des phytos est désormais quasiment impossible. Parallèlement, on se rattrape avec les produits bio stimulants, l’activité espaces verts et d’autres compétences auxquelles s’ajoutent les solutions de bio-contrôles assez onéreuses. On ne perd pas en valeur, mais l’agriculteur règle, désormais, plus cher pour opérer un traitement qui ne lui garantit pas, aujourd’hui, la même efficacité.